Forêt vierge du lac à Moïse

BILLET 3 | Le Conseil accorde le droit de faire des coupes forestières dans la forêt vierge du lac à Moise | Par Michel Tharehtade Gros Louis | Le 25 août 2020.

À l’automne 2018, le grand chef, Konrad Sioui a obtenu un moratoire du gouvernement du Québec pour l’arrêt des coupes forestières dans la forêt vierge située dans la région du lac à Moise, à environ 60 km au Nord de Saint Raymond, dans la réserve faunique des Laurentides.

Au printemps 2019, des étudiants impliqués dans la protection des forêts m’ont contacté pour me dire qu’il y avait des coupes forestières dans la forêt vierge du lac à Moise malgré ce moratoire. Le lendemain, j’ai appelé le responsable du secteur Onionwentsio pour lui faire part de ces coupes forestières. On me répondit de me mêler de mes affaires et que ces étudiants non autochtones, pro nature ou greenpeace n’avaient pas à intervenir dans les dossiers de notre Nation. Je lui répondis que je tenais à la protection de ce territoire vu que c’était le territoire traditionnel de chasse de ma famille avant d’être délogé par la force par le gouvernement du Québec. En plus, j’ai été guide de chasse et pêche dans la région du lac Moise comme plusieurs autres Hurons-Wendats avant moi. Beaucoup de Hurons-Wendats ont aussi un lien sentimental avec cette magnifique forêt. La plupart des Hurons-Wendats de plus de 75 ans ont connu la beauté de ces lieux. Le lac à Moise est situé dans l’ancien club privé du triton et du Sanford.

Quelques jours plus tard, je me dirigeais en compagnie de ces étudiants en direction du lac à Moise pour vérifier si vraiment il y avait des coupes forestières à l’intérieur de la zone protégée par le moratoire. Arrivé à la hauteur de la forêt vierge du lac à Moise, on commença à voir plusieurs chemins forestiers vieux de 2 à 3 ans. Un peu plus loin, du côté nord-est de ce lac, on pouvait voir les coupes forestières de l’hiver précédent. On emprunta un des petits chemins transversaux, après un kilomètre seulement, au sommet de la petite montagne, on aperçut, au loin, dans la vallée, des coupes à blancs sur des grandes distances. On avait coupé des milliers d’arbres, en majorité des bouleaux jaunes majestueux de plus de 200 ans dans ce secteur. J’ai profité de l’occasion pour prendre plusieurs photos et localisées ces coupes forestières. Après enquête auprès des autorités gouvernementales, on me confirma qu’effectivement des coupes forestières avec lieu dans cette forêt vierge à l’hiver 2019 pendant la période du moratoire du Conseil. On me dit que ce chantier s’appelait Laviolette.

Lors de l’assemblée publique suivante du Conseil de la Nation huronne-wendate, j’ai demandé au grand chef, Konrad Sioui, s’il savait qu’il y avait des coupes forestières dans la zone du moratoire du lac à Moise. Il me répondit que non. Par la suite, j’ai lu un courriel que j’avais reçu de la responsable des permis des coupes forestières pour le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Dans ce courriel, on me confirme que le gouvernement du Québec a donné un permis de coupe dans ce secteur protégé par le moratoire.

Lors d’une assemblée publique subséquente, le grand chef nous donna un résumé de la situation et il mentionna qu’il avait demandé une prolongation du moratoire. Par la suite, j’ai mentionné au grand chef que j’avais obtenu des informations supplémentaires au sujet de la coupe forestière située en plein dans la zone de protection du moratoire. Ce courriel provenait du directeur général du ministère des Forêt, de la Faune et des Parcs qui mentionnait une entente avec les dirigeants du Onionwentsio pour couper dans la forêt vierge. J’ai demandé au grand chef s’il était au courant de cette entente entre les dirigeants du Nionwentsio et le gouvernement du Québec, il répondit que oui et qu’il supportait totalement les décisions et les ententes des dirigeants du Nionwentsio. Je ne crois pas qu’aucun des chefs savait qu’il y avait une telle entente. Lors d’une rencontre avec les responsables du secteur du Onionwentsio pour la protection de la forêt vierge, j’ai demandé pourquoi il y avait encore des coupes forestières dans cette forêt vierge. On me répondit qu’il fallait faire des concessions et qu’on ne pouvait annuler cette entente signée avant le moratoire. Un des chefs du conseil me répéta cet argument, j’ai répondu que je ne comprenais pas qu’on ait accordé une coupe forestière dans cette magnifique forêt vierge même avant le moratoire.

Il est très ironique que le grand chef dit dans les journaux vouloir protéger cette forêt et en même temps, notre propre Nation donne le droit de couper des arbres dans cette forêt.

Nous faisons face à un gouvernement provincial qui tente de sauver la chèvre et le chou et de plus en plus, nous réalisons que les forestières, avec leur lobby cent fois plus riche que ce que nous pouvons investir en tant que Nation, veulent à tout prix entrer dans l’Aire protégée et ainsi, couper la dernière forêt vierge datant du pré-contact et considérée comme notre trésor national. Nous avons sûrement besoin de bons et loyaux guerriers pour empêcher cette destruction de notre héritage collectif.


Citation du grand chef dans le dernier rapport d’étape du 16 juillet 2020

Dans cette citation, le grand chef veut que la population le voie comme le grand protecteur de la forêt du lac à Moise, mais est-il vraiment le protecteur si on considère que la nation a vraiment accordé des coupes forestières selon la lettre du directeur du Ministère des forêts, de la faune et de foret ? Est-ce qu’on peut être à la fois le protecteur de la forêt et en même temps celui qui participe à la coupe forestière de cette forêt ?

Notons qu’après plusieurs demandes auprès des autorités du Nionwentsio, on ne m’a jamais permis de consulter cette entente pour permettre des coupes forestières et les ententes précédentes.  J’ai mis en annexe la correspondance avec le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui montre sans l’ombre d’un doute que le Conseil a donné le droit de faire des coupes forestières dans cette forêt vierge, même des ententes datant de 2016.

Plus au sud du lac à Moise, il y avait aussi la forêt vierge du lac Batiscan. Cette forêt a été détruite il y environ de 5 à 8 ans. J’aimerais savoir si le Conseil a aussi donné le droit de faire des coupes forestières dans cette forêt vierge du lac Batiscan. Il est impossible d’avoir plus d’information des responsables du secteur Nionwentsio. C’est grâce à la transparence du ministère des forêts, de la faune et des Parcs que j’ai été capable d’en connaître davantage sur ces coupes forestières dans cette vieille forêt.

Note : Le but de ce blogue est de dire « l’autre côté de la médaille », c’est-à-dire, skarihwati en langue wendate et de donner aux futurs historiens un autre point de vue des différents enjeux que font face les Hurons-Wendats dans leur développement moderne.

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